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LES  ENTITES  PRIMORDIALES
 
 




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5. GAIA La Terre Mère,  sans doute de Gé: "Terre", et "aîa" puis  maîa: "nourricière".
(Il transparaît aussi dans l'étymologie -difficile- de son nom la notion de " grand-mère").
 
Prodigieusement féconde, Mère universelle aux solides assises, qui nourrit sur son sol tout ce qui existe...
Salut, Mère des Dieux, épouse du Ciel Etoilé !  (Hom. Hymne à la Terre).

    Apparue aussitôt après Chaos, Gaia fait naître d'elle-même Ouranos, Ouréa et Pontos.
Plus tard, s'unissant à Ouranos, elle enfantera les Titans et les Titanides.
Après l'épisode de la mutilation d'Ouranos, elle s'unira avec l'autre de ses premiers enfants, Pontos, et donnera naissance aux divinités citées plus haut.
    Si la Terre est la structure visible qui servira de support et d'habitation aux Nymphes,  aux demi-dieux et aux hommes,
elle est aussi "la Pesante", "la Noire", celle qui possède les forces chthoniennes et magiques.
Et c'est dans cette lointaine persistance de sa prodigieuse fécondité, issue des temps désormais dépassés de l'obscurité originelle, que chaque être en quête de conseil ou de révélation, qu'il soit homme ou dieu, devra aller se plonger.
C'est d'ailleurs sur les conseils de Gaia que Zeus, durant la guerre contre Kronos, délivrera les Cyclopes qui lui donneront les armes de la victoire: la Foudre, le Tonnerre et l'Eclair.

     On peut citer également l'une des filles de Gaia, la Titanide Mnémosyne (la Mémoire du monde) qui joue un si grand rôle dans la Cosmogonie Orphique, et qui possédait une source dans la demeure d'Hadès, sous la surface de la terre.
La Terre Mère régnait sur les oracles les plus anciens et détenait le secret des Destins.
Le Sanctuaire de Delphes, avant d'appartenir à Apollon, lui était consacré.
Peu à peu, son aspect cosmique, mystérieux et imprévisible, sera mis en arrière-plan au profit d'une personnification plus humaine et plus "agraire", que l'on retrouvera dans ses représentations de Cybèle puis de Déméter.  ( (1) ).

* * *

6.  OURANOS : Le Ciel, et suivit de son épithète astéroeis : Le Ciel étoilé.
"Gaia enfanta seule un être égal à elle-même, capable de la couvrir toute entière, Ciel étoilé, qui devait offrir aux dieux bienheureux une assise sûre à jamais". (Hés. Th. 126-128).
     Ainsi parle Hésiode -mais comme le souligne Paul Mazon- sans doute par anticipation.
Car à ce stade de la création, il n'existe ni étoile, ni dieux bienheureux. L'Ouranos des temps anciens, étroitement uni à la Terre -sans pour autant y être confondu- représente plutôt le principe du Ciel étoilé à venir. Il n'est pas encore la voûte céleste, le dôme étoilé ou la couronne de lumière qu'il deviendra après la séparation (émasculation).
Rappelons qu'à cet instant, aucun luminaire, aucun principe atmosphérique ou cyclique n'est encore né.

    Et c'est donc toujours sous cette chape de ténèbres qu'Ouranos enfantera avec Gaia, au rythme de sa prodigieuse fécondité, les premières hiérarchies divines.
Et comme nous l'avons vu, aucun de ses enfants ne sortira du sein de la Terre, jusqu'à ce que Kronos et sa faucille mettent un terme à ses fonctions génératrices. A cet instant seulement, par l'exil qui suivra la mutilation d'Ouranos, le Ciel et la Terre, devenant indépendants l'un de l'autre, permettront la distinction, la "venue au jour" des grands principes qui allaient composer le Cosmos.
     Les étymologies concernant Ouranos nous évoquent une formule comme: "Qui contemple les choses de haut"  ou
"Qui est la limite du haut".  ( (2) )

     Qui contemple : Ouranos n'agit pas, ou plutôt n'agit plus.
Depuis son exil dans l'élément qui porte son nom, le Ciel, il est l'architecture -mais non l'architecte- de tout ce qui existe.
Partageant certains aspects de son homologue indo-européen Varuna,  ( (3) )  il couvre, il entoure et enveloppe tout ce qui
transcende la compréhension humaine.
Il est le gardien inaccessible des énergies primordiales. Ainsi, la première création étant achevé, les éléments essentiels étant en place, la suite du jeu cosmique et les cycles qui en découlent se dérouleront sans lui.  ( (4) )

     Une version plus tardive du mythe, rapportée par Diodore de Sicile, en fait le Roi des Atlantes, auxquels il aurait enseigné l'agriculture, l'architecture et les lois secrètes qui régissent l'Univers.
Ces derniers l'appelèrent Roi éternel de toutes choses. Il semble qu'au cours des temps, ces deux traditions aient été
plus ou moins amalgamées et confondues.

 

* * *

7. TARTARE. (Tartaros).
Dans le récit d'Hésiode, Tartare se trouve personnifié comme l'une des entités primordiales, aux côtés de Gaia et Eros.
Mais si l'on tient compte de l'interpolation du vers 119 de la Théogonie, il semblerait que Tartare, étant donné les définitions et les symboles qui le caractérisent, ne soit pas l'émanation de Chaos, mais bien plutôt celle de Gaia dont il représenterait la plus extrême profondeur et la plus impénétrable noirceur.  ( (5) )
"Extrême occident", Abîme immense, brumeux et humide, contrée dont on atteindrait jamais le fond, il est ceint d'une muraille d'airain et la Nuit obscure l'entoure trois fois de ses replis". Lointaine personnification des brumes indifférenciées des origines, Tartare est considéré comme la fondation même de l'Univers.
C'est la région la plus profonde du monde, au-dessous de l'Hadès.
" Il est même distance entre le sombre Tartare et l'Hadès qu'entre la Terre et le Ciel".
(Hés. Th. 720-730; 740-745).

* * *  

8. EROS.   Aimer d'amour, désirer,  de  "eramai", "eraô".
Né de Chaos en même tant que Gaia, Eros est le dieu de l'Amour. Dans la triade originelle, il est celui qui représente la force de l'étreinte qui unit Ouranos à Gaia.
Source de l'érection primordiale du dieu du Ciel et de son union féconde, il sera également, par la conséquence du désir démesuré qu'il inflige à Ouranos, la cause de sa mutilation, de sa séparation et de son exil.
Mais de la semence d'Ouranos, de l'essence de son désir, naîtra Aphrodite, de l'écume de la Mer. Et c'est cette dernière qui focalisera en elle, d'une manière plus "humaine" -même si elle reste bien souvent incompréhensible - les différents aspects et caractéristiques de l'Eros primitif.

     Mais en tant que force primordiale de désir, unissant les éléments d'un Cosmos en évolution, ce sont les dieux puis les hommes, qui après les entités cosmogoniques, seront les victimes de "la force indomptable d'Eros et de ses filets inextricables". Car l'Eros dont nous parlons ici n'a que très peu à voir avec l'archer facétieux ou cruel qui fera les délices d'une littérature tardive.
Il est le précurseur de l'origine du Cosmos ainsi que le garant de sa cohésion.

     Davantage que toute autre divinité ancienne, la tradition postérieure a donné au dieu de l'Amour beaucoup de généalogies et d'histoires différentes. Sans doute à cause de l'identité primitive d'Aphrodite avec le sang d'Ouranos et la liaison abstraite qui l'unissait à ce dernier, on fit d'Eros le fils de l'Aphrodite ouranienne et d'Hermès.  ( (6) )
D'une autre union d'Aphrodite avec Arès, naît aussi Antéros. Il est souvent considéré sous son aspect unique "d'amour contraire" ou de haine -certainement par l'interprétation du  mot voisin Anteiros- (contredire, refuser, interdire).
Mais la lecture de son nom dans la Langue classique nous autorise plutôt à le reconnaître comme "être estimé comme égal", "amour pour amour",  "amour partagé ou réciproque".

     Enfin, le dieu de l'Amour fut aussi présenté comme le fils d'Hermès et d'Artémis.
Après cette dernière généalogie fantaisiste, Eros perdit peu à peu son visage de grande divinité cosmogonique.
Et sous l'influence des poètes alexandrins, une série de légendes vit le jour, récits tardifs, philosophiques ou moraux,
qui ne font plus partie du Mythe, mais de la spéculation ou de la fable.